Dr. Rick Marshall est un paléontologiste ringard. Happé par une spirale spatio-temporelle, il est éjecté dans un monde parrallèle. Il se retrouve sans armes ni habilité spéciale pour survivre dans cet univers où se côtoient dinosaures en maraude et autres créatures fantastiques d’un autre monde - un pays riche en visions spectaculaires et effets comiques hors normes connu sous le nom du Monde (presque) perdu. Holly, son assistante passionnée, et Will, un péquenaud débrouillard, font eux aussi partis du voyage. Poursuivis par des T. rex et des Sleestaks (des reptiles atrocement lents), Marshall, Will et Holly n’ont qu’un seul allié, un primate du nom de Chaka, pour les aider à s’y retrouver dans cette énième dimension. S’ils s’en sortent, ils seront des héros, s’ils échouent, ils seront des prisonniers perpétuels de ce Monde (presque) perdu.
Imaginez un monde où le gratin des comiques hollywoodiens plongerait cul-nul dans un pastiche de film d’aventure des années 50-60. Immergé dans un univers situé quelque part entre l’un des meilleurs jeux vidéo de tous les temps, Chrono Trigger, et un microcosme artificiel à la Tim Burton. Ce monde existe mais il est miteux : Will Ferrell s’alloue les services du réalisateur manchot de Casper et La Cité des Anges pour mettre en boîte l’adaptation de la série Land of the Lost (1974). Il y avait de l’idée...
Si, dans la série, le professeur Rick Marshall se perd dans un univers parallèle avec son fils et sa fille, le long-métrage choisit de remplacer la gamine par une plantureuse assistante, Holly (charmante Anna Friel - Pushing Daisies), et le kid par un beauf vendeur de feux d’artifice (le pote de Will Ferrell, Danny R. McBride, vu dans Tonnerre Sous les Tropiques et la série Kenny Powers). Un trio pas piqué des vers complété par le primate peloteur Chaka (réalisateur du futur MacGruber). Heureusement que le casting est au poil ; dans le cas contraire, Le Monde (Presque) Perdu n’aurait même pas mérité l’adverbe.
Gloire à Will Ferrell, l’homme qui n’a besoin que d’un regard pour faire exploser l’assistance, d’un cri pour dilater le système urinaire d’Alex, d’une posture décalée pour se taper les dents par terre. Gloire à lui pour la raison invoquée que s’il en fait des caisses, c’est pour faire oublier l’inconsistance de cette œuvre basée sur la rencontre entre le passé, le présent et le futur. Rien que la scène d’ouverture, lorsque son personnage, Rick Marshall - sorte de caricature de Robert Amstrong ringard - tente d’imposer sa théorie à l’authentique télévisuel Matt Lauer, sauve le film de l’étron frelaté de tyrannosaure bourré.
Comment à notre époque (le vieux con), peut-on oser balancer sur grand écran - et même petit, en l’occurrence - des effets spéciaux si périmés ? Il est concevable que les humanoïdes-lézards soient intentionnellement cheap - heureusement qu’ils existent pour appuyer l’aspect parodique du bidule - mais oser montrer des dinosaures digitaux, tels que le T-Rex ou les Ptérosaures, aussi bien modélisés qu’une bouse de Mathusalem, relève plus du vomi de grosse production que de la caricature. Inutile de préciser que Land of the Lost a tout de même coûté 100 millions de dollars...
Cependant, le plus choquant reste à traiter ; à savoir : la réalisation outrageante de Brad Silberling qui effectue ici son pire travail. Pas trop mauvais sur Les Orphelins Baudelaire (c’est lui), il est ici complètement largué par un travail en studio gargantuesque et déraisonnable. Non pas que son style soit minimaliste - dans une comédie, passe encore, soyons tolérants - mais il coupe court, de par sa technique et ses angles de vue mal foutus, à un bon nombre de vannes complètement réussies.
Brad Silberling partait pourtant bien accompagné. Écoute ça, toi, le jeune : l’oscarisé Dion Beebe qui dirige ici l’infâme photo bubble-gum disparate est celui de Michael Mann dans Collatéral et Miami Vice ! Léonard Nimoy, le Spock de la série originale, prête sa voix au Sleestack The Zarn ! Le chef décorateur Bo Welch qui plante les environnements aussi mal foutus, fades (le désert mis à part - mais... cela reste un désert) que variés, a bossé sur Edward aux Mains d’Argent, Beetlejuice ou Batman Returns ! C’est Chris Henchy, l’un des derniers grattes-papiers de Spin City qui s’en sort le mieux avec son scénario complètement crétin et quelques bonnes idées et répliques éparpillées dans un fourbi de FX dégueulasses. Mais le compositeur de l’ambiance sonore censée accentuer le caractère déphasé du film n’est autre que celui de Les Indestructibles et Là-Haut, Michael Giacchino... Alors là non, nON, NON ! De parodie de série Z sympatoche, Le Monde (Presque) Perdu devient grosse production foirée, et régressive dans le sens “anal” du terme.
De par sa mise en scène délibérément kitsch mais involontairement amateur, sa direction artistique particulièrement immonde et fauchée - malgré une centaine de millions de budget - et ses effets spéciaux foireux comme un pet de reptile, l’adaptation de la série Land of the Lost est une véritable insulte au cinéma en forme d’hommage au fifties. Il échappe pourtant au pugilat grâce au charme neuneu de l’ensemble mais surtout à la faveur du jeu parodique et absolument hilarant du grand Will Ferrell. Ceux qui n’accrochent pas à l’humour du monsieur peuvent offrir les deux étoiles de la note en pâture aux Sleestaks.

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