Dans un futur proche, l’Amérique n’est plus qu’une terre désolée dont les villes sont des ruines et les routes autant de pièges infestés de bandes criminelles. Depuis des années, Eli voyage seul, se protégeant des attaques et se battant pour trouver de quoi survivre. Lorsqu’il arrive dans ce qui fut autrefois la Californie, Eli se heurte au redoutable Carnegie, un homme qui ne recule devant rien pour imposer sa volonté à la petite communauté qu’il contrôle. Eli fait aussi la connaissance de la très belle Solara et découvre que Carnegie compte bien étendre sa sombre domination à toute la région. Eli parvient à échapper de Carnegie, mais Solara l’a suivi... Même s’il est décidé à poursuivre sa route en solitaire, Eli comprend qu’il ne peut abandonner la jeune femme. Pour elle, il va prendre des risques qu’il n’a jamais pris pour lui-même. Mais Carnegie est sur leurs traces et alors que se profile l’inéluctable affrontement, Eli va prendre conscience qu’il a le pouvoir de faire bien plus que sauver une femme et sa propre vie : son destin est de redonner l’espoir, de sauver le futur en soufflant sur les braises d’une humanité qui n’attend que l’étincelle...
Mais où étaient donc passés les frères Hughes ? Depuis le très sympathique From Hell, les réals de Menace 2 Society avaient quelque peu déserté les plateaux, se contentant de produire la série Touching Evil (12 petits épisodes et puis s’en va…) ou, pour Allen Hughes uniquement, de passer de temps en temps derrière la caméra pour le petit écran. Recherchaient-ils un projet un tant soi peu original pour se remettre en selle ou faisaient-ils tout simplement face à un manque de proposition de la part de l’industrie US ? Si les raisons de cette absence restent assez vagues, toujours-est-il qu’au vu du budget - 80 millions de dollars tout de même, on est loin de la petite prod indépendante - difficile de se douter que les frangins n’ont ajouté aucune ligne à leur filmographie depuis 9 ans…
Aimant visiblement déjouer les attentes, les Hughes Brothers naviguent donc entre les genres et après le ghetto movie ou le thriller victorien, c’est au tour du post nuke de se voir offrir les faveurs de leur caméra ! Le hasard de la programmation cinématographique française ne faisant pas toujours bien les choses, Le livre d’Eli ne manquera pas d’être comparé à The Road, sorti il y a seulement quelques semaines sur les écrans de l’hexagone. Au métrage contemplatif et très réussi de John Hillcoat s’oppose pourtant cet actionner post apocalyptique à vocation uniquement crétino-bourrino-divertissante (quel joli néologisme…), n’entretenant strictement aucun lien avec l’adaptation du roman de Cormac McCarthy, si ce n’est, bien évidemment, le genre au sein duquel il s’inscrit.
Malgré plusieurs années d’inactivité, les réalisateurs savent toujours tenir une caméra. Très loin d’être parfait (ou bien même réussi), Le Livre d’Eli peut tout de même s’enorgueillir d’être plutôt bien shooté, ce qui est – avouons-le – finalement assez rare pour être souligné en ces temps de blockbusters finis à la pisse d’alcoolique. Le film débute même très bien, les Hughes installent une ambiance délétère (renforcée par la photo magnifiquement saturée), iconisent un Denzel Washington parfait et armé jusqu’aux dents, et livrent des scènes de bastons lisibles et parfaitement chorégraphiées qui doivent autant au western qu’au Chambara ou au comic book. Cool, non ?
Et bien pas vraiment puisqu’après une première demi-heure vraiment surprenante, le film se plante dans les grandes largueurs et ne parvient même pas à assumer correctement son simple statut de divertissement. La faute à une action trop peu présente, en gros 4 pauvres scènes de 3 minutes maximum chacune pour un film d’1H50… Le climax résume à lui seul parfaitement ce constat peu reluisant. Encerclés par les bad guys dans une baraque pourrie appartenant à un vieux couple de cannibales (au demeurant forts sympathiques) qui possède assez d’armes à feu pour déclarer la guerre à un petit pays, et, nous dit-on, a piégé la maison de toute part, Denzel et la fade Mila Kunis (nous reviendrons plus tard sur sa « prestation »…) se font mitrailler la gueule de l’extérieur. What the fuck ?! Alors que le spectateur attendait légitimement un carnage barbare, explosif et sanglant, la scène est bouclée avant même d’avoir commencé. Et ce n’est pas le sympathique plan séquence (quoique artificiel et légèrement m’a-tu-vu) composant cette fusillade qui évitera la frustration et l’exaspération la plus complète…
Car, Le Livre d’Eli ne peut bien évidemment pas s’appuyer sur son scénario pour faire passer la pillule. D’une connerie sans nom, celui-ci brasse du vide et tombe dans la philosophie de comptoir dès qu’il tente le moindre développement. Aussi, le reste du temps, Denzel déambule avec sa grosse machette (si, si), Gary Oldman cabotine tel un jeune chien fou non castré et Ray Stevenson (Rome, Punisher : War Zone) a l’air d’un grand con. Et le film de tester notre résistance aux dialogues insipides et aux choix de production design minables et d’un autre temps. En effet, dans ce monde post apocalyptique ravagé, les personnages principaux ont les dents blanches, les cheveux propres et une belle paire de Ray-ban pendant que les autres sont sapés comme des clodos, ont les chicos pourris et se trimballent avec un masque de ski ridicule sur la trogne…
Mais au royaume de la bêtise cinématographique, la bimbo est reine. Ainsi, la très mignonne Mila Kunis (That 70’s Show) cristallise à elle-seule de nombreux défauts plombant le long-métrage. Restons objectifs, ce n’est pas uniquement de sa faute ! Oui, malgré un joli minois et un jean slim sur le cul, Mila joue comme une tanche, c’est un fait. Mais son personnage taillé à la serpe et visiblement écrit après une lobotomie frontale (ayant laissé des séquelles) dans le simple but de coller un sidekick sexy au héros, décline des répliques plus crétines les unes que les autres… Inutile et insupportable tout du long, la jeune Solara (son prénom dans le film pour ceux n’ayant pas pris la peine de lire le résumé…) arrive à en légitimer l’excision au sécateur rouillé ! Petit conseil au passage, n’abusez pas du pop-corn et des boissons gazeuses durant la séance au risque de tout vomir sur le cuir-chevelu du spectateur assis juste devant vous lors de la séquence finale, effarante de connerie et d’une ringardise extrême…
Vous vouliez du fun, un bon actionner sanglant bien bourrin ? Dans ce cas, évitez scrupuleusement Le Livre d’Eli, bande molle du slip trop peu généreuse dans l’action (mon dieu comme ce jeu de mots est lamentable) et handicapée par un scénario famélique, une interprétation hétéroclite ou un twist faisandé, grillé une heure avant le générique de fin. Divertissement qui ne s’assume pas, décevant malgré une réelle maitrise technique, le retour des frères Hughes derrière le combo est très loin d’être fracassant. Amateurs éclairés de post apo décérébré, jetez-vous donc plus volontiers sur Doomsday, tout aussi con, mais ô combien plus jouissif…

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